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Depuis le 6 janvier 2013, ce blog s'est fixé de publier une "micro-nouvelle" par jour. Entre autres.
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tu n'as pas de case "j'aime". dommagehttp:// mimi1931f.cent erblog.net
Par mimi1931, le 07.05.2013
très drôle, je prends.http:// mimi1931f.cent erblog.net
Par mimi1931f, le 06.05.2013
no comment !http://levieu xbougon.center blog.net
Par levieuxbougon, le 30.04.2013
effectivement ! je m'en souviens. vous avez un don pour raconter les histoires.
Par Anonyme, le 23.04.2013
j'aime. c'est plus fort que moi. mais il y a trop d'extraits, à la prochaine fois. salut!http://h ttp://digrez
Par Paule Di Grézia, le 13.04.2013
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Date de création : 22.04.2008
Dernière mise à jour :
20.05.2013
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Hypéride
Suzy Berman n’avait pas froid aux yeux. Une artiste. Elle se produisait dans des meetings comme ceux de Pylônes. Au signal du pilote elle montait sur l’aile de l’avion, et sautait. Entre ciel et terre, grâce à un ingénieux système de boutons pression, elle abandonnait combinaison d’aviatrice, soutien-gorge et culotte, ne gardant que ses bottines et son parachute.
Spectacle doublement risqué : le parachute pouvait ne pas s’ouvrir, le soutien-gorge ne pas se dégrafer.
Au sol, sous les sifflets enthousiastes, elle devenait actrice, feignait la pudeur surprise, maladroitement drapée dans le parachute, puis se mettait à courir jusqu’au hangar, poursuivie par des policiers accomplissant leur devoir sans vigueur excessive.
Joe Barnard Jr, un avocat, l’accompagnait dans ses meetings. Souvent un procès prétendait venger les lois de l’État offensées. Suzy était très belle et la salle, toujours comble, espérait contre tout bon sens que Barnard, tel Hypéride, la mettrait nue devant le tribunal, telle Phryné. Si le juge rencontrait le regard de Suzy, il était perdu : Barnard plaidait alors n’importe quoi, l’accident, l’étourderie, et le juge acquittait.
L’accident ! L’étourderie !
Le verre
Quand la terre tremblait, c’était un événement sans importance. Les maisons du village étaient si légères qu’elles n’auraient pu, même en s’effondrant, causer aux habitants davantage qu’une égratignure. Mais elles ne tombaient pas, leur ossature de bambou étant du genre à plier sans rompre.
Au village, un homme attendait les séismes avec curiosité, peut-être impatience : le vieil Ashihei. Sa petite-fille Fuko, ce qui signifie l’enfant du vent, s’étonnait de le voir emplir à ras bord un verre d’eau dès que le sol tremblait, et en renverser une bonne part. Une carafe toujours prête attendait l’occasion.
Un jour que la terre avait fait danser la maison, la petite fille osa demander à son grand-père pourquoi il agissait ainsi.
Ma fille, comme tu le sais mes mains tremblent elles aussi, et pas seulement les jours où la terre gronde. Il existe donc une chance que le tremblement du sol contrarie celui de ma main, que leurs phases s’annulent. La probabilité est infime : c’est pourquoi il est beau de l’espérer.
Quand cela se produisit – une ou deux secondes, la main redevint ferme – Ashihei, d’étonnement, lâcha le verre qui se brisa. Mais il pouvait mourir maintenant.
Le corps
François Brunhardt considérait le corps de Dominique exposé dans sa chambre. Il savait gré à la famille – limitée à sa fille Aurélie et à une cousine – d’avoir épargné le funérarium à Dominique. Époque plus superstitieuse que jamais, songeait-il : pas de cadavre à la maison.
Il l’avait aimée, voilà très longtemps, sans pourtant jamais la toucher. Elle était maintenant cet objet impensable : plus un humain, mais alors quoi ?
Il avait continué de la voir parfois, pas tous les ans. Il l’avait connue svelte et vive, puis ridée, puis bouffie, aujourd’hui morte. La vue d’Aurélie le troublait, si pareille à la Dominique de jadis qu’il avait sous les yeux deux fois la même femme : à vingt-cinq ans et gisant hors du temps.
Après l’enterrement, la jeune femme le retint, pour parler. Ils dînèrent ensemble, elle l’emmena chez elle. Il ne voulut pas d’abord, remontrant qu’ils avaient trente ans d’écart et que le chagrin la poussait à faire n’importe quoi. Cela eut lieu pourtant.
Quand ils se quittèrent, ils se sentaient tous deux en paix. Ils n’eurent plus de contact, se croisant parfois par hasard.
Une grosse
Un qui nous a surpris, c’est Honoré, quand il nous a présenté sa nouvelle conquête. Une jeune Danoise au regard d’un bleu transperçant, et qui pouvait avoir vingt-trois ans ; les pommettes hautes, le front pur, une bouche gourmande ; mais – pour une taille que j’évaluai à 1,76 m – un bon quatre-vingt-dix kilos.
Comme elle ne parle pas français, Honoré put nous expliquer leur histoire en sa présence. Quand il l’avait connue, elle était mannequin, pesait quarante–cinq kilos. Certaines parties charnues n’étaient pas mal tout de même, mais d’abord quand nous sortions elle était si sensationnelle que tout le monde voulait me la piquer ; et quand nous rentrions, c’était pitié de tâter ces bras étiques, ces cuisses réduites à l’os. Alors je l’ai engraissée.
Kirsten l’écoutait, nous gratifiait de temps à autre d’un sourire éclatant.
Maintenant, conclut Honoré, il y a des jours où je regrette celle d’avant. Je vais la mettre au régime jusqu’à ce qu’elle redevienne ce qu’elle était.
Les femmes aiment Honoré plutôt que de nous aimer, nous. Tant pis pour elles.
Coucou !
Bertrand n’est pas superstitieux, mais a quelques croyances. Il sait que si, le jour de la Chandeleur, on fait sauter une crêpe une pièce d’argent dans la main, on ne manquera pas d’argent jusqu’à la Chandeleur suivante (pour plus d’opulence, il serre dans le creux de sa main une pièce d’or). Autre façon d’être à l’abri du besoin : toucher une pièce de monnaie quand on entend le coucou chanter. Ça paraît idiot, Bertrand le sait, mais il est la preuve vivante de l’efficacité des procédés : il vit dans un château, au fond d’un grand parc.
Au moins un couple de coucous loge dans ce parc. Au moment des amours, Bertrand ne s’y promène jamais sans une pièce en poche. Il aime ses coucous, et se soucie peu qu’ils pondent dans le nid d’oiseaux plus petits. Son affection pour le coucou doit être connue des enfants du village puisque, s’il se promène avec sa jeune et belle épouse, ils imitent le cri de cet oiseau sur leur passage – ce dont Madame, savoir pourquoi, s’irrite.
Où ?
De Santis, qui travaillait à la Sécu, rêvait d’être musicien et l’est devenu. Au début, il gagnait quelques sous en écrivant ou jouant de la musique, puis ça a marché : il en vit maintenant.
Il compose pour des chanteurs de charme, pour des films, des églises, des orchestres, des quatuors, pour lui-même ; des mélodies faciles pour séduire une fille du bar, des mélodies savantes pour séduire une fille du chœur. Il chante aussi, joue du théorbe, de l’orgue, du piccolo et du trombone. Il n’arrête pas. On le sollicite toujours plus. Il joue dans des festivals, il préside des festivals. Il vit bien, de cachets, de bourses, de droits. Il reçoit une caisse annuelle d’un grand cru parce qu’il a composé l’hymne des Tastevins.
Il n’en peut plus de la musique, mais c’est plus fort que lui, il y retourne.
Et chaque soir, s’endormant soûl de notes, il cherche. Il cherche dans quel coin de son crâne a bien pu se loger la mélodie parfaite qui le hantait aux heures mécaniques, dans son bureau de la Sécu, et qu’il n’avait pas notée parce qu’elle était inoubliable.
On sait depuis longtemps ce que les "Ultras" sont :
Des ultra-supporters, et donc des ultra-cons.
Pyjama
Yannick et Géraldine avaient fait la même chose dix ans plus tôt, pour le chaton de Pauline.
Choisir une photo où Pyjama était reconnaissable, indiquer la date de la disparition, photocopier l’affichette et la déposer chez les commerçants du quartier, la coller sur quelques abribus. Un voisin était venu quelques jours plus tard dire que le petit animal s’était fait écraser.
Ils recommencent : choisir une photo, en regardant tous les albums récents, indiquer la date de la disparition, les circonstances approximatives, et parcourir la ville en placardant l’affichette partout. C’est Pauline maintenant la disparue. Des centaines de fois ils regardent cette photo souriante, ce visage lumineux, ils pensent à l’impuissance qui était la leur quand ils voyaient aux murs de semblables photos, ils ne savent pas non plus si ce doux visage n’est pas la proie des insectes, si ce corps n’a pas été martyrisé, si cette vie ne s’est pas éteinte dans un fossé, dans le coffre d’une voiture. Ils pensent aux parents que l’on voyait à la télé, à leur appel, et c’est eux maintenant.
Ils avaient fait la même chose pour Pyjama.
Le Chinois
Dans la voiture qui les emmenait à la planque, les autres s’étaient mis à appeler Jérémy « le Chinois ».
Une planque géniale, comme dans les films : la maison de gardien d’une usine abandonnée, dans une friche industrielle. Pas de voisins à des kilomètres. La crise avait du bon, qui avait créé ce havre de paix.
Une affaire en or, expliquait le chef. On récupère le matériel, dans deux heures on est revenus. Vous deux vous vous occupez des clients, toi du patron, moi de la caisse, et toi le Chinois, tu feras le chouf, comme d’hab’. Jérémy, le plus jeune, n’osait demander la raison de ce surnom qui provoquait l’hilarité des quatre autres.
Le chef distribua le matériel. Cagoules pour eux quatre, armes de poing pour trois d’entre eux et pour lui, le chef, la kalach. Pour Jérémy, ni cagoule, ni arme, mais ce petit ustensile de cuisine, cette passoire en forme de chapeau pointu qu’on nomme un chinois. Quand ils lurent dans ses yeux qu’il avait compris, s’étant vivement reculés ils ouvrirent le feu et la transformèrent en chinois, cette sale petite balance.